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Le socialisme est notre idéal, le réformisme notre méthode


Le livre de Michel DESTOT sur
l'énergie et le développement durable
- Que vous inspire la menace de Ségolène Royal de boycotter les débats internes au PS ?
Rien ! Je suis en campagne. Je veux dire quelle est mon ambition pour la France et les Français, quelles sont mes solutions, quelle est ma vision de la présidence de la République. J’ai trente-neuf jours pour convaincre les militants socialistes. Alors, je fonce sans me préoccuper des débats sur les débats !
- Le premier débat a lieu mardi prochain sur l’économie et le social, y a t-il en ces matières des marges de manœuvre à l’heure de la mondialisation, des délocalisations et des directives de Bruxelles ?
Je mesure, croyez-le bien, l’inquiétude et le scepticisme des Français : cela fait cinq années que je sillonne notre pays. J’étais cette semaine encore à Valence avec les salariés des stylos Reynolds, une entreprise en voie de délocalisation où 297 salariés risquent de perdre leur emploi alors que leur entreprise gagne de l’argent. Les miracles, cela n’existe pas ; mais les marges de manœuvre, ça se crée : cela s’appelle la politique.
- Que peut faire le politique ?
D’abord, faire en sorte que, à nouveau, on crée de la richesse dans notre pays. Donc, mener une bonne politique économique ; aider les petites et les moyennes entreprises à se développer ; faciliter la création d’emplois dans les services à la personne ; dégager des crédits pour la recherche, l’innovation l’éducation qui sont les clefs de l’avenir. Mais il faut aussi traiter de front les dégâts qu’entraînent les délocalisations. On ne peut accepter de laisser les salariés touchés se débrouiller seul. Nous sommes collectivement concernés et, de même que la sécurité sociale a été inventée afin que tout le monde contribue aux soins de ceux qui ont la malchance d’être malade, je propose de mettre en place une sécurité sociale professionnelle afin que des moyens sans précédent soient dégagés pour aider à l’indemnisation, à la formation et au reclassement des salariés touchés par les délocalisations. Mais je ne veux pas oublier l’autre dimension : les territoires. Dans des villes de banlieues ou dans des communes rurales, quand une entreprise part, tout risque de se déliter. Je considère que l’entreprise, qui bénéficie des infrastructures publiques quand elle est là, a une responsabilité à assumer quand elle part. C’est pourquoi je propose qu’une entreprise qui délocalise alors qu’elle fait des bénéfices continue de payer aux communes pendant trois ans la taxe professionnelle.
- Vous vous définissez comme social-démocrate, mais la social-démocratie existe-t-elle dans un pays où l’on ne compte que 5% de syndiqués ?
Oui, je m’affirme comme social-démocrate. Qu’est-ce que cela veut dire ? Une ambition : le plein emploi en moins d’une décennie. Une priorité, je l’ai dit : le social. Une méthode : la démocratie, avec un Président engagé et des contre-pouvoirs syndicaux, associatifs, politiques renforcés. Et puis, enfin, une exigence : porter un langage de vérité. Voilà ce qu’est la carte d’identité de ma social-démocratie à la française. Et, vous savez, cela correspond à ce que font nos élus dans les communes, les départements, les régions.
- Avec des finances publiques mal en point, comment agirez-vous si vous arrivez au pouvoir ?
Vous avez raison : les finances publiques sont dans un état catastrophique. Pour ne donner que deux chiffres, en cinq ans, la dette publique a augmenté de près de 400 milliards d’euros et les déficits sociaux se cumulent à 60 milliards d’euros. Et qui paiera ? Vos enfants. Mes enfants. C’est inacceptable. Parce que je suis le seul ministre à avoir inversé la spirale de la dette, je prends un engagement que je sais pouvoir tenir : si je suis élu Président, la dette publique aura été au minimum stabilisée à la fin de mon mandat. Pour cela, il faut être capable d’obtenir des taux de croissance supérieurs à ceux que nous connaissons aujourd’hui.
- Mais la croissance ne se décrète pas !
Elle ne s’attend pas non plus les bras ballants ! Quand chaque année pendant cinq ans, l’Espagne ou le Royaume-Uni ont une croissance supérieure à celle de la France, qui peut penser que c’est le fait du hasard ? Il y a un contexte international - il est porteur depuis 2003. Et, après, il y a, ou pas, une bonne politique et, donc, une croissance forte, donc des moyens pour distribuer du pouvoir d’achat.
- Si Ségolène Royal était finalement désignée le 16 novembre, un ticket Royal-Strauss-Kahn pourrait-il s’envisager ?
Je veux convaincre que je serai, au bout du compte, le meilleur candidat pour battre Nicolas Sarkozy et le meilleur Président pour les Français. Je sens comme un frémissement depuis quelques jours. Je veux l’emporter. Je suis candidat pour une fonction de Président qui existe, pas pour une fonction de vice-président qui n’existe pas !
- A droite, la machine à perdre, dit-on, s’est remise en route, n’est-ce pas le cas au PS avec vos six débats internes ?
Mais pas du tout ! La droite n’aura pas de débats mais connaîtra la division. Le Parti socialiste aura des débats - qu’il faut mener dans la vérité, dans la clarté et dans le respect - et, dès le 24 novembre, sera rassemblé. C’est comme ça, le Parti socialiste !
- Qu’avez-vous pensé des déclarations de Ségolène Royal sur la Turquie qui a déclaré : « mon opinion est celle des Français » ?
Eh bien, justement, que chacun défende sa vérité. Nous aurons l’occasion de revenir sur la question turque elle-même. En tout état de cause, aujourd’hui, les conditions de l’adhésion sont très loin d’être réunies et ce n’est pas avant dix ans que les Français seront appelés à se prononcer par référendum. Mais cet épisode révèle une profonde divergence dans la vision de la Présidence de la République et dans la conception de la démocratie. Imaginez le Conseil européen de juin 2007. Imaginez que les négociations avec la Turquie soient à l’ordre du jour. Angela Merkel défend sa position. Jose-Luis Zapatero défend sa position. Romano Prodi défend sa position. Et la France pourrait ne pas avoir de position ? Mais c’est intenable ! Pour moi, le Président de la République doit avoir une position sur les grands sujets - c’est la responsabilité de sa fonction. J’ajoute que, pour donner à notre démocratie le nouveau souffle dont elle a besoin, il vaut mieux débattre des convictions de chacun pendant l’élection plutôt que de découvrir les positions du Président élu après.
- Une alliance entre vous et Fabius contre Royal est-elle envisageable ?
Je ne raisonne pas en termes d’alliance avec les uns ou d’opposition avec les autres. J’ai un chemin pour l’avenir à proposer aux socialistes, d’abord et aux Français, ensuite. Ce sont eux que je veux convaincre.

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